C’était un vendredi soir.
J’avais constitué un dossier sur le gérant de la boîte. On avait négocié mon départ pendant des semaines. Et quand on s’est finalement mis d’accord, il m’a demandé de ne plus revenir. Il était très énervé. J’ai eu une heure pour rassembler mes affaires.
Ce soir-là, je suis allée faire la fête avec tous les salariés. Sans vraiment y croire. Soulagée et sonnée en même temps.
Le lundi matin, j’ai réalisé.
Je n’avais plus de bureau où aller. Plus de poste de DRH dans une boîte qui avait triplé d’effectifs en trois ans sous mes mains. Plus rien de ce qui avait structuré mon quotidien depuis des années.
Et quelque part, profondément, je savais que je ne voulais plus jamais refaire ça.
Le bilan de compétences m’a conseillé de rester dans les RH
Comme beaucoup de femmes dans cette situation, j’ai fait ce qu’on fait. J’ai consulté. J’ai passé un bilan de compétences.
Le résultat était logique, cohérent, bien argumenté : avec mon parcours, mes compétences, mon niveau d’expérience, je pouvais prétendre à des postes RH de haut niveau. Le consultant était convaincu. Le rapport était propre.
Le problème, c’est que je ne voulais plus faire des RH.
Et ça, le bilan de compétences n’avait pas moyen de le voir. Parce que ce n’est pas sa fonction. Un bilan de compétences cartographie ce que tu sais faire. Pas ce pour quoi tu vibres. Ce n’est pas pareil. Ce n’est même pas du tout la même question.
La vraie question n’est pas « qu’est-ce que je sais faire ? »
Quand tu es à 40 ans, avec un parcours solide derrière toi, tu sais faire beaucoup de choses. C’est précisément ce qui rend la reconversion difficile : tu as des compétences dans plusieurs directions, et n’importe laquelle semble défendable sur le papier.
La question qui change tout, ce n’est pas « qu’est-ce que je peux faire ? » C’est : « qu’est-ce qui me fait encore me lever le matin avec envie ? »
Et cette question-là, on ne peut pas y répondre avec un questionnaire. On y répond en se reconnectant à ce qu’on ressent vraiment, sous les couches de « je devrais », de « c’est logique », de « c’est ce pour quoi je suis formée. »
Ce que j’ai mis du temps à comprendre, c’est que ma reconversion n’était pas un problème de compétences à réorienter. C’était un problème de permission. La permission de faire quelque chose qui me faisait vibrer, même si ça ne ressemblait pas à ce que j’avais fait jusqu’ici.
Ce que j’ai traversé avant d’arriver là où je suis
Entre ce vendredi soir et aujourd’hui, il y a eu des années. Des chemins de traverse. Des métiers que je n’avais pas prévus : développeuse web, pigiste, chef de projet éditorial, éditrice. Des formations qui semblaient sans lien entre elles à l’époque et qui forment maintenant un ensemble cohérent.
Je ne me suis pas perdue en chemin. Je me suis construite.
Mais je ne vais pas te mentir : il y a eu des moments où je ne savais pas du tout où j’allais. Où la question « mais qu’est-ce que tu fais exactement ? » me mettait mal à l’aise parce que je n’avais pas de réponse propre à donner.
Ce qui aide vraiment dans une reconversion
Pas les conseils du type « trouve ta passion » : ça ne fonctionne pas comme ça et tu le sais déjà. Pas non plus les injonctions à « tester avant de sauter » quand tu n’as aucune idée de ce que tu veux tester.
Ce que j’aurais voulu à ces moments-là, ce n’est pas un nouveau bilan. C’est quelqu’un qui m’aide à faire la différence entre ce que je croyais devoir faire et ce qui cherchait vraiment à émerger.
Si tu es dans cet endroit-là, tu peux voir comment on peut avancer ensemble.